Je viens de voir une partie de la Théma d'Arte du mardi 6 décembre sur les châtiments corporels.

A dire vrai, j'ai vu seulement le reportage du milieu, présentant des témoignages, de parents, et aussi celui d'Edwige Antier.

La conclusion de ce reportage est double : avec Mme Antier pour dire qu'il faut les interdire, étant nocifs et contre-productifs; et avec un sondage selon lequel plus de 80% des parents ont déjà levé la main sur leur enfant...

Ce chiffre est complété d'un autre, qui me paraît bien plus significatif : 63% de ces parents auraient souhaité faire autrement.

Pour ces parents, la fessée est donc bien plus le signe d'un "échec" éducatif (ponctuel) que celui d'une méthode d'éducation basée sur le châtiment corporel. Il me semble donc que bien au delà de vouloir en faire une loi, avec interdiction, et donc sanction à la clé, il est urgent de généraliser un accompagnement des parents.

On le dit parfois : la parentalité est le seul métier pour lequel il n'est pas proposé de formation préalable... et l'enfant n'est pas livré avec le mode d'emploi !

Tout cela m'a ramené à ma propre expérience, à nos question et notre cheminement, individuellement et en couple; et il m'est aussi revenu une anecdote récente au supermarché :

Il y a quelques mois, j'ai croisé une maman fatiguée dans les allées de notre petit super. Cette maman faisait ses courses avec un bébé dans un cosy, posé dans le caddie, et un petit garçon turbulent de quatre ans environ. Celui-ci partait dans tous les sens, zébulon excité par toutes les tentations, et visiblement cherchait à capter l'attention de la maman sans doute trop focalisée, à son goût, sur le bébé et les courses. Plusieurs fois il a secoué le caddie, la maman le reprenant fermement, mais calmement.
J'ai continué mes courses.
Arrivant à la caisse, je me retrouve de nouveau proche de cette famille. Le petit garçon se suspend au caddie que vide la maman, en un éclair celui-ci commence à basculer, cosy toujours dedans... La maman rattrappe in extremis le tout, chope son grand et  lui colle une belle fessée.

Sans avoir vu la scène précédente, sans avoir vu cette maman gérer assez sereinement un tourbillon, sans avoir perçu la frousse phénoménale qu'elle a eu en voyant basculer le cosy, je pense que j'aurai sans doute, comme mes voisins ce jour-là, été choquée par le geste.
Là, sans l'excuser, j'avoue que je l'ai compris.
D'ailleurs la maman était au bord des larmes.

Tout ça pour dire que le jugement à l'emporte-pièce "bouh, c'est très mal, il faut sanctionner", je le trouve vraiment excessif.

 

D'un point de vue plus personnel, j'ai levé la main sur mon aîné.
Lorsqu'il avait trois ans, après beaucoup de changement familiaux, il a durant quelques mois fait de spectaculaires "crises" à la moindre contrariété : hurlements de sirène, tentatives de nous frapper, et accroché à mes jambes de pantalons. Impossible de l'isoler pour le laisser se calmer (comme on dit dans les livres...). A bout de solution, j'ai donné des fessées.
Une, une autre le lendemain, une autre encore... 
Efficacité : Zéro
Niveau sonore : augmenté s'il était possible
Etat de la maman : à bout de nerfs

Ce zéro-efficacité m'a interpellée.
J'ai commencé à me demander comment faire autrement. Au départ même pas dans la notion "pas taper", bien plus dans une recherche de "qu'est-ce qui pourrait bien marcher ????".
J'ai d'abord réalisé que c'est avant tout de mon côté que cela se passait.
Maman pas trop mal = enfant gérable.
Maman fatiguée, énervée = enfant insupportable...

Petit à petit, nous avons réfléchi, seule puis en couple, à modifier nos attitudes, à gérer différemment.
Et ça marche !!
Sans perdre le moins du monde notre "autorité", nous ne levons plus la main, et nous crions moins !
Bon attention,  pas d'angélisme non plus, ça ne marche pas toujours, ne serait-ce que parce que être "bien" face à nos enfant n'est pas forcément possible lorsque nous sommes épuisés ou boulversés.

Mais cette réflexion m' aussi pas mal déculpabilisée.
J'assume de ne pas être une mère parfaite, à condition de faire de mon mieux...

Et le jour où j'ai collé mon Prems de trois ans et demi sous la douche tout habillé, je l'assume, même si je souhaite de tout mon coeur ne jamais avoir à le refaire, car c'est une sacrée violence également.
Ce jour-là, il était hystérique, et moi au bord du pétage de plombs; c'était le faire taire ou craquer et lui taper dessus jusqu'à ce qu'il se taise....
La douche n'était en aucun cas éducative, mais juste, dans l'instant, inévitable, salutaire au sens essentiel du terme. Je le lui ai d'ailleurs expliqué quelques minutes plus tard.
Je peux seulement avoir un regret : celui de pas avoir su/pu arrêter la crise avant.
Les parents ne sont pas parfaits.