Cela a commencé avec un  tout p’tit poche, un truc adapté en film l’an dernier, que je n’avais pas eu envie d’aller voir… Mais ce petit poche, depuis la table de présentation, dans la librairie, il m’ fait de l’œil, il m’a chuchoté « achète, lis… ».

Alors j’ai cédé.

Le film s’appelait « qui a envie d’être aimé ? »

CathoAnonymeLe bouquin, c’est « Catholique anonyme ».

L’auteur, c’est Thierry Bizot, producteur plutôt reconnu d’émissions télé. Pas le genre illuminé a priori.

En moins de 150 pages, il raconte comment, pour ne pas avoir su dire « non », il s’est retrouvé embringué dans un cycle plus ou moins catéchétique pour (re)commençants.  On y lit le personnage un peu arrogant, apparemment sûr de lui, condescendant vis à vis de ses camarades qu’il considère un peu comme des paumés. Assez vite cependant, il laisse poindre les fêlures, les failles. L’humour comme arme de défense, la peur de ne pas plaire, de ne pas être aimé, la maladresse en famille… On devine, par petites touches, le parcours intime au fil des soirées, deux par semaine durant trois mois, pour finir par réaliser à son corps défendant que oui, il a été touché, oui, il chemine et oui, cela le transforme, presque à son insu… Et oui, finalement il est tout aussi « paumé » que les autres membres du groupe, ni plus, ni moins.

J’ai été touchée par ce livre.

Touchée non pas tant par le parcours, par ce retour vers un christianisme occulté durant des années, cette ouverture au Christ et à son amour, mais bien ; avant tout, par le ton, la justesse des émotions. L’auteur ne dit pas tout, ne s’épanche pas outre-mesure sur les transformations, sur les processus qu’il a vécus, mais fait preuve d’une prise de recul attendrie. En effet, il se voit avec ses défauts, et parfois ses qualités, ses manques et ses excès, tout en portant sur lui, et progressivement sur les autres un regard bienveillant. On est loin ici de l’autocongratulation, et loin encore plus de l’auto flagellation, et c’est précisément là qu’il est « juste » ; et touchant.

 Après, il n’a rien d’un chef d’œuvre, ni dans le phrasé, ni dans l’écriture, mais reste un témoignage Vrai.

 

Ensuite, un autre poche m’a fait de l’œil.

Littéralement.

J’ai craqué pour la couverture, et puis j’avais dû lire une ou deux phrases sur ce livre là :

AutresVies« D’autres vies que la mienne »

Emmanuel Carrère

De lui je n’avais lu que « la classe de neige »,  et si je ne me souviens pas de tout, le simple fait de lire le titre fait remonter le malaise ressenti à sa lecture, malaise bien plus lié au sujet qu’au traitement de celui-ci je pense. Pas forcément un auteur que j’avais envie de lire, notamment après son écriture de « l’adversaire » qui ne me tentait pas.

Mais la couverture était belle, poétique.

Et puis, un poche, qu’est-ce que je risque ?

Je l’ai acheté.

Puis oublié quelques semaines.

Mon troiz devant subir une petite intervention, je savais que j’aurai du temps devant moi, et pas forcément l’envie de me plonger dans du trop « sérieux », et puis un poche, ça passe partout !

Bon, en ce qui concerne le « pas sérieux », je repasserai.

Ce livre raconte en effet deux histoires, deux histoires autres que la sienne, mais dont les ramifications se sont faites sentir jusque dans la sienne. Deux histoires dont il a été un témoin périphérique et qu’on lui a demandé de raconter. Deux histoires indicibles : la mort d’une enfant, fille et petite-fille, lors du tsunami. La mort d’une jeune femme,  épouse, mère, sœur, collègue. Deux images de l’injustice de la Vie parfois…

Cependant, ce récit est empreint d’une humanité incroyable.

L’auteur ne cache pas les répercussions qu’elles ont eues dans son histoire, sans s’y appesantir, mais surtout fait preuve d’une empathie pour les protagonistes, d’un amour incroyable. Réussir à conter la vie et la mort d’une petite fille et celle d’une toute jeune maman d’une manière aussi lumineuse est un tour de force !

Là encore, j’ai été touchée, juste touchée.

 

 

Enfin, tout à l’heure j’ai fini un autre « poche ».

Rien à voir.

Et tout à voir.

QuaiOuistreham« Le quai de Ouistreham » de Florence Aubenas

Celui-ci trainait sur ma P.A.L. depuis un moment.

Florence Aubenas, grand reporter, s’est installée six mois durant à Caen, et inscrite à Pôle Emploi, sous son propre nom, avec un CV présentant un baccalauréat ancien, et vingt ans sans travailler… L’idée était de se placer dans la situation d’un demandeur d’emploi « réel » en pleine crise, et de voir au bout de combien de temps elle pourrait réussir à décrocher un CDI.

Comme elle le dit elle-même, rien de neuf sous le soleil, d’autres ont fait ce genre de démarche avant elle.

De recherche en petits boulots, en passant par  les formations de Pôle Emploi et le cabinet d’outplacement, celui lui aura pris plus de six mois.

Ce qui m’a frappée là-encore, c’est l’humanité qui habite ses pages. On sent la plume du grand reporter qu’elle est, vive et précise, clinique parfois, mais nulle caricature, nul jugement de valeur, tant à l’égard des collègues qu’elle croise, qu’à celui des patrons (quoique parfois…). Je suis impressionnée par la capacité qu’elle a eue d’intégrer un milieu si différent du sien sans préjugés, en prenant chacun comme il /elle est, partageant galères et joies, entraide et vacheries parfois…

 

Et voici que je me pose une sacré question : pourquoi ces livres là ? Pourquoi maintenant ?

Sont-ce ces livres en particulier, ou bien tout simplement mon regard qui a changé ??

 

Il faut que je continue… qui sait, d’autres découvertes en perspective !

 

 

P.S. : à la réflexion, c’est peut-être quatre livres et non pas trois que je devrais mettre dans cette liste. Tout aurait en fait commencé cet été lorsque j’ai lu « Deux petits pas sur le sable mouillé », bouleversant témoignage d’une maman sur la maladie et la mort de sa petite fille ; bouleversant malgré, ou grâce à, la retenue dont elle fait preuve, laissant toute la place à l’immense amour qui porte sa famille : amour pour Thaïs et ses frères et sœur, amour conjugal, fraternité familiale et amicale indéfectibles… 
Deux PetitsPas